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Archive pour le 5 mai, 2008

Un roi mis à nu dans une société de cour

L’intrigue de Neuilly, autant révélatrice des moeurs en usage que symptomatique des capacités auto-destructrices d’un régime de coteries, s’affiche en période de disgrâce d’un omniprésident en plein dévissage sondagier. Après les paillettes du bling-bling et les mirages d’une année de faste, le sol se lézarde sous la garde sarkozienne, annonçant même un petit big-bang électoral. Les yeux de Chimène se déssillent quand le charme fugace laisse place au vacarme médiatique d’une sarkozie en butte à sa propre mise en scène.

 Dans la société de cour le roi pouvait bien se montrer dans un simple apparat sur son trône, il n’en restait pas moins dépositaire d’un état que nul n’osait lui contester dans un système idéologique bâti sur la puissance de la symbolique d’un pouvoir de droit divin. De nos jours, les agressions répétées envers les usages républicains  trahissent une tentative de déstabilisation des fondements de la République en désactivant la démocratie, en mutilant le citoyen, pour fonder la légitimité du pouvoir sur de nouvelles bases. C’est là tout le sens de l’entreprise des néo-cons. L’épisode de Neuilly n’en est qu’un épiphénomène. Il reste encore un peu de chemin à Sarkozy pour introniser le prince Jean mais les choses vont bon train.

 Nous suivrons Laurent Joffrin dans la chute de son éditorial du jour dans Libé, titré ”Too munch”. “C’est le problème des  monarchies électives : elles comportent des électeurs, qui font savoir de verte manière aux candidats UMP ce qu’ils pensent des mœurs de la Cour. Nulle dissension idéologique dans cette défection. Plutôt cette constatation pas forcément négative : entre le peuple et les people, les relations sont ambiguës. On les observe, on ne les respecte guère. Une leçon que les hommes politiques avides de projecteurs doivent méditer.” Et, rajouterais-je, qui ne saurait nous dispenser d’une capacité de combattre à la racine l’idéologie néo-conservatrice. Car si le roi est nu, n’est-ce point le système dans son entier qu’il faut déshabiller ?

X D, le 12 février 2008

Descente aux enfers dans le Saint des Saints

La persistance de N. Sarkozy dans des propos vantant une prétendue laïcité positive n’en finit pas de choquer les esprits laïcs. Ceux-ci – dont je fais partie - ne récusent nullement le droit de N. Sarkozy à croire ou à ne pas croire, à être agnostique , athée, animiste, adepte d’une religion monothéiste ou pas. Ce qu’ils affirment haut et fort, c’est leur attachement à la lettre et à l’esprit de la loi de 1905, de notre Constitution et aux usages républicains. De ce point de vue, le président ne cesse de brouiller les cartes et fait semblant de ne pas comprendre ce dont il s’agit. Invité, hier du CRIF, le président justifie ses précédents propos du Latran et de Ryad dans une crâneuse formule :«Je persiste et j’ai le plaisir de signer».

Pourtant les choses sont simples. Dans l’exercice de ses fonctions, il appartient au président de veiller à ne pas déroger au principe de laïcité qui préserve l’espace public. Cette conduite impérative doit garantir la stricte séparation des églises et de l’Etat et favorise la liberté de conscience. Elle interdit au président de porter un jugement de valeur sur la prééminence d’une vision morale privilégiant la conception religieuse. C’est pourtant ce qu’il a fait une nouvelle fois hier sur un ton toujours provoquant à l’endroit des laïcs et libres penseurs.

Au lieu de tenter une véritable déstabilisation de nos institutions et de nos usages, celui qui devrait tout au contraire en être le garant ferait mieux de s’appliquer une morale élémentaire dans les domaines publics. L’affaire de Neuilly fait un peu tâche en la matière. dans le Saint des Saints de la sarkozye.

Sans déroger aucunement à ces sacro-saints principes, je souhaite au président et à vous tous une joyeuse saint Valentin !

X D, le 14 février 2008

Electrochoc émotionnel

C’est en ces termes que madame Lévy-Willard qualifie l’initiative du président de rendre chaque jeune élève de CM2 dépositaire de la mémoire d’un jeune, victime de la Shoah. Certes, une proposition de cette nature exprime a priori une vraie avancée dans l’exigence du devoir de mémoire. Il a fallu beaucoup de travail, conjuguant effort d’historiens et actions militantes, pour que soit enfin reconnu la tragique réalité dans toutes ses dimensions. Rendons grâce à l’Institut de l’Histoire du Temps  Présent qui sut appréhender cette période vichyste quand régnait encore beaucoup de confusions dans les esprits sur cette période de l’Etat français qui avait aboli la République et ses principes. Saluons les associations de défense et de promotion des droits humains à l’instar de la Ligue des Droits de l’Homme.

Pour revenir au sujet du jour, force est, une fois encore, de déplorer la méthode confuse et, de fait, suspecte, d’un président qui s’exonère des avis autorisés pour faire prévaloir son point de vue. On peut  vouloir aller plus loin dans l’intégration d’un enseignement et d’une connaissance de l’Holocauste et de son contexte historique à l’école sans pour autant faire l’impasse sur  l’adoption de méthodes pédagogiques et psychologiques appropriées. Sur un tel sujet on ne saurait trancher la question par simple affirmation, au risque même de paraître instrumentaliser la mémoire. Encore et toujours la raison doit prévaloir sur l’émotion. C’est toute la mission de l’école de la République.

X D, le 15 février 2008

Des résurgences sectaires aux néo-cons

L’église dite de scientologie, l’une des plus influentes et redoutables sectes organisées à l’échelle internationale et dont les exactions sont régulièrement dénoncées dans les rapports officiels, serait-elle en passe de trouver grâce auprès des pouvoirs publics de ce pays ? Les déclarations de la directrice de cabinet du président de la République peuvent le laisser penser à un moment où la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Milivudes) reçoit les charges de la ministre de l’intérieur. Celles-ci sont à nouveau relayées par les critiques d’Emmanuelle Mignon, la directrice de cabinet,  qui reproche à la Milivude de «ne rien faire à part publier des rapports» et aurait même confié à VSD que «la lutte contre les sectes a longtemps permis de dissimuler les vrais sujets. Mais, en France, les sectes sont un non-problème» avant d’opposer un démenti catégorique à ces propos cependant confirmés par la rédaction de VSD.  Evoquant la liberté de conscience, madame Mignon précise dans un communiqué : «Quant à la Scientologie je ne les connais pas, mais on peut s’interroger. Ou bien c’est une dangereuse organisation et on l’interdit, ou alors ils ne représentent pas de menace particulière pour l’ordre public et ils ont le droit d’exister en paix.» En clair c’est une remise en question de la liste établie par la commission parlementaire sur les sectes, jugée par ailleurs “scandaleuse” par la directrice de cabinet qui reprend la même antienne que Michelle Alliot-Marie affichant sa volonté de«décomplexer la lutte contre des dérives sectaires» pour «assurer la liberté de croyance de tous».

De quoi inquiéter les citoyens que nous sommes attachés à la laïcité  et à la préservation des influences sectaires dont les agissements dénoncés vivement par l’Unadfi – Union nationale des associations de défense des familles et de l’individu – sont reconnus contraires aux libertés publiques et aux principes républicains. L’église de scientologie a sû tisser sa toîle dans de nombreux milieux influents. Nous devons nous questionner sur ses accointances avec les néo-cons qui trouvent auprès d’elle les ressources idéologiques et les personnalités en mesure de faire avancer ce nouvel ordre moral dont on devine les objectifs inavoués et les méthodes de propagande. Le camp laïc pourrait bien se trouver en devoir d’organiser une large riposte à ces menaces répétées et attaques en règle contre la République et la laïcité.

X D, le 21 février 2008

P.S : dans Libé du 20 février ” Le 30 aôut 2004, Nicolas Sarkozy est en poste à Bercy. Ce jour là, il reçoit en grande pompe Tom Cruise, membre actif de l’Eglise de scientologie depuis plus de vingt ans. Alors que la visite provoque une petite polémique, le ministère assure que les deux hommes ont parlé «cinéma et relations franco-américaine» et rien d’autre. Quelques jours plus tard, l’acteur, qui se présente comme «l’ami» du ministre de l’Economie et des Finances, affirme: «Nous avons parlé de tout, de scientologie, de cinéma, de vie familiale». Malaise.

Quelques jours avant cette sortie, l’émission d’investigation de Canal + 90 Minutes avait proposé une enquête sur les relations entre Nicolas Sarkozy et la scientologie. Et le magazine de raconter comment, sous son règne, le ministère de l’Intérieur a curieusement relâché sa surveillance autour de l’Eglise de scientologie, écartant même un policier spécialement chargé de ce dossier. Une accusation que l’entourage du ministre a toujours formellement démentie…”

Du con, par le dogue patriote

 « Où que tu ailles, tu te feras piquer, eh con ! » lancé par le préfet de la Sarthe Jacques Gandouin à un preneur d’otages lui valut une suspension de la part de feu le ministre de l’Intérieur Michel Poniatowski – au langage pourtant peu châtié – pour « attitude non conforme à celle que l’on attend d’un haut fonctionnaire »: preuve, selon l’encyclopédie Wilkipédia à qui nous empruntons l’information, que le substantif n’était pas encore bien accepté en 1975, malgré sa pertinence dans la situation. Plus récemment le mot pouvait être employé par un homme politique sans que cela fasse scandale — pourvu qu’il ne soit pas utilisé de manière insultante : l’ancien Premier ministre français, Dominique de Villepin pourra dire en mars 2006 « Ils vont s’apercevoir que je suis assez con pour aller jusqu’au bout. » au sujet de la crise du contrat première embauche sans que le vocabulaire utilisé ne gêne le moins du monde.

L’usage public du mot par le président de la République, hier au salon de l’agriculture, à l’endroit d’un visiteur refusant avec véhémence la poignée de main de N. Sarkozy, garde une connotation vulgaire qui ne sied pas à la fonction présidentielle. Mais qui peut aujourd’hui faire ce rappel à l’ordre au premier néo’cons de France ?

Que notre visiteur se console :  on est toujours le con de quelqu’un ! Pour preuve : l‘affaire n’est pas là pour redresser la côte du président qui dévisse à nouveau avec toutes ses conneries. Pourra-t-on en finir avec le désenchantement présent et faire mentir Brassens ? Mais il y a peu de chances qu’on détrône le Roi des … ! Quand en 1944, le capitaine Raymond Dronne des Forces françaises libres baptise sa jeep « mort aux cons », de Gaulle aurait répondu « Vaste programme, Messieurs. Vaste programme.  »

Le Dogue Patriote, le 24 février 2008

N.B : Nouvelle polémique autour de mots lâchés par Nicolas Sarkozy, samedi, au salon de l’Agriculture.Dans cette vidéo réalisée par Leparisien.fr, on voit le Président prendre un bain de foule. Jusque-là, rien d’étonnant. Mais lorsqu’il veut serrer la main d’un badaud, un visiteur d’un certain âge et portant des lunettes, celui-ci lui lance: «ah non, touche-moi pas.» – «Casse-toi, alors», répond Nicolas Sarkozy. – «Tu me salis», enchaîne le badaud. – «Casse-toi alors, pauvre con», réplique le Président.

Ecart de langage? Simple défense après une attaque? Signe de la modernité du chef de l’Etat? Interrogé samedi soir sur l’incident, l’Elysée s’est refusé à tout commentaire (Sources “20 Minutes”).

L’plus comique – con -  dans l’utilisation d’ce langage ordurié – con -  c’est sans doute la tronche joviale du président – con – quand il s’est fait enconner par un micro balladeur – con - lui qui croyait tromper les apparences face aux caméras – con – oubliant – con – que les caméras amateurs elles ont aussi des micros qu’on voit pas – con. Oh ! Le con ! Faut pas déconner avec ça ! Mais comme disait M. Audiart : « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît ».

Les jeux de yo-yo politiciens

Le dévissage sondagier d’un président sans complexe, hyperactif et touche à tout ; la remontée médiatique et mécanique d’un premier ministre impassible, sans idée et sans charisme qui profite de la chute vertigineuse de son patron ; une gauche groggy dont le principal parti miné par ses  divisions au sommet, sans véritable chef, sans projet et sans forces militantes, est pourtant donné gagnant aux municipales grâce à l’effet essuie-glasse. Telles sont les particularités de la situation politique française à la veille des élections municipales et cantonales, le trop plein d’ambitions masquant le vide sidérant d’idées dans une démocratie affaiblie en proie aux attaques du néoconservatisme à la française.

A gauche on peut se réjouir à bon compte de cette auto-destruction d’un pouvoir qui va droit dans le mur. A droite on espère un électrochoc d’une défaite annoncée qui remettrait plus de méthode dans la gestion des affaires. Mais ce jeu de yo-yo mortifère n’apporte aucune réponse de fond aux enjeux de la période. Ce va et vient permanent devient la règle implicite d’une opinion apprivoisée aux effets d’annonce qu’elle tient pour consubstantiels à l’art politicien. Les promesses n’engagent que ceux qui y croient se plaît-on à répéter, non sans cynisme parfois. Quand le dicton n’était jadis qu’une boutade, il prend sens dans le pessimisme et le relativisme ambiant. Depuis la vaine dénonciation de la pensée unique, de la fracture sociale et, plus récemment la trahison d’une espérance de réhabilitation du travail et du pouvoir d’achat, on ne croit plus en rien.

Les apparences travestissent pourtant la réalité car il est parfaitement faux d’affirmer qu’on a tout essayé. Le giscardisme posait les bases d’une profonde rupture avec les principes d’un certain “dirigisme” économique gaullo-pompidolien, plus colbertien et étatiste que travailliste. L’insertion de la France dans la nouvelle division internationale du travail justifiait la stratégie des créneaux rentables à laquelle dut rapidement se ranger un premier ministre socialiste, trois ans à peine après l’alternance. La part de la valeur ajoutée revenant au travail n’a cessé de se dégrader durant les trente piteuses qui mirent fin au compromis fordiste. La mondialisation libérale condamna la vision d’une Europe stratégique puissante et autonome pour l’enfermer dans le carcan du monétarisme ambiant des années Reagan et Thatcher en lui refusant plus tard toute initiative de croissance, réclamée vainement  par le président de la commission de l’époque, Jacques Delors. Exit alors les velléités de relance keynésienne à l’échelle des 15. On connait la suite depuis l’élargissement. Le nouveau traité, adopté sous le fallacieux prétexte du fonctionnement de l’Europe, n’est rien d’autre que la consécration juridique du principe de la concurrence libre et non faussée (protocole n°6) que les Français avaient massivement rejeté lors du référendum de mai 2005 : le dumping social et fiscal en lieu et place d’une conception solidaire et, pour la France, un outil facilitant l’alignement vers le modèle anglo-saxon et atlantiste à défaut d’une politique d’affirmation républicaine (1).

Cette normalisation néolibérale de la France souhaitée par les déclinologues de tous poils s’accompagne d’un emprunt présidentiel à la rhétorique idéologique des néo-conservateurs. Il peut avancer tantôt masqué, se drapant alors dans l’apparence républicaine avec des discours de circonstance écrits ou commentés par les Guaino et Gallo, le plus souvent franchement avec, à titre d’exemple, les derniers rebondissements de ses déclarations fracassantes sur la supériorité des religions ou celle de sa conseillère à l’Elysée sur les sectes, non-évènement, afin de préparer l’opinion aux régressions idéologiques. Les références obscurantistes participent d’une volonté d’éradiquer la culture politique de la modernité, héritée des Lumières, fondée sur le jugement critique de l’individu et la délibération citoyenne. Revenir aux dogmes, à l’irrationnel, à la croyance aveugle constitue un objectif en cohérence avec la légitimation des lois d’un marché, garanti plus que régulé par l’Etat et les instances internationales (OMC, FMI, G9, etc.). C’est cela le mariage du néolibéralisme et du néo-conservatisme (2).

Dans cette conjoncture d’intériorisation de l’idéologie dominante, les esprits désabusés risquent encore longtemps de se faire trimballer par des politiciens sans ambition pour leur pays et pour leur peuple. Parfois prêts à toutes les compromissions pour asseoir leur leadership, ces politiques de tous bords s’accomodent assez bien de la donne actuelle. On reprend l’avantage sur le plan local quand l’adversaire s’épuise à la direction des affaires et on prépare l’alternance sans réfléchir à l’alternative. Cela laisse un champ libre à la protestation sous traitée à l’extrême-gauche qui joue à plein sa fonction tribunitienne, jadis exercée par le PC du temps de la guerre froide. Cette réalité n’empêche nullement la gauche sans souffle et sans voix de partir favorite dans ce jeu de yo-yo permanent (3). Battons nous pour que se traduise dans les politiques et les gestions locales cette capacité à faire vivre les services publics, à promouvoir une politique d’urbanisme et de logement social et à veiller à une politique foncière conciliant le cadre environnemental et le dynamisme économique. La maîtrise des politiques publiques de gauche à l’échelon local et national doit s’émanciper du simple jeu des marchés, cette régulation par le haut supposant la délibération publique et le choix citoyen éclairé. C’est pour éviter de se cantonner dans une culture de la banalisation néolibérale ou de la protestation sans proposition qu’une initiative de refondation d’un parti de la gauche se fait jour ! Cette idée n’est pas plus saugrenue qu’inconvenante, n’en déplaise à tous les chantres du conformisme ambiant. C’est d’un puissant élan qu’a besoin notre peuple, plus que d’arrangements de circonstances pour d’éphémères et chimériques victoires sans lendemain.

X D, le 26 février 2008

(1) Les riches développements de Jean Pierre Chevènement sur l’Europe et la globalisation impériale, “Défis républicains”,  août 2004, éditions Fayard et “La faute de M. Monnet”, octobre 2006, éditions Fayard.

(2) Sur les rapports du néolibéralisme et du néo-conservatisme, lire “Le cauchemar américain -Néolibéralisme, néo-conservatisme et dé-démocratisation” dans “Les habits neufs de la politique mondiale – néolibéralisme et néo-conservatisme” de Wendy Brown, novembre 2007, éditions les prairies ordinaires.

(3)  Introduit en France par les émigrés de la Révolution, le jeu de yo-yo  est alors appelé émigrette.

Main basse des “néolibéraux” sur l’Etat de droit

Comme elles paraissent archaïques ces discussions académiques du siècle passé entre libéraux, défendant l’Etat de droit, et marxistes, appuyant la dénonciation du libéralisme sur la critique des libertés formelles.

Le léninisme nourrissait encore une approche monolithique de l’Etat – entendu comme appareil répressif entièrement au service de la domination de classe – dans de larges fractions d’une intelligentsia européenne sous influence marxiste. Il est vrai qu’en Europe, la crise des dictatures, annoncée par Poulantzas, n’avait pas encore atteint son apogée. L’Espagne franquiste, le Portugal de Salazar et la Grèce des généraux illustraient tristement la répression brutale des masses par une violence des Etats fascistes au service des intérêts des classes dominantes, quelque trente ans après la chute des régimes fascistes italien et allemand et la Libération de la France. Ces modèles ne résistèrent pas, fort heureusement, à la pression des revendications démocratiques et populaires.

Tandis que Lénine exprimait sa conception univoque de l’Etat et frontiste de la Révolution, Jaurès avait pourtant très vite vu juste en théorisant sur l’Etat, expression des rapports de classes, sans pour autant gommer son rôle dans le maintien de l’hégémonie bourgeoise. D’où l’insistance du militant de l’unité des socialistes à promouvoir l’épanouissement de la République laïque et sociale, incarnation du socialisme. Et c’est Gramsci, tout en se revendiquant paradoxalement de Lénine, qui mit à nu – dans ses cahiers de prison sous la dictature fasciste de Mussolini – les mécanismes de la domination idéologique et culturelle véhiculée par les grands intellectuels (universitaires) et les couches de petits intellectuels (prêtres, instituteurs…) agrégées dans le bloc au pouvoir de la bourgeoisie. Cette hégémonie, assurant la cohésion idéologique et créant un consentement au pouvoir en place, pouvait donc modérer l’usage de la violence d’Etat, dans les pays connaissant une société civile développée, à la différence de la société civile gélatineuse de la Russie de Lénine. Cette analyse ouvrait la voie au combat pour l’hégémonie culturelle du prolétariat qui devait précéder une prise de pouvoir hors des schémas léninistes. Ces analyses n’enlèvent rien à la réalité du “monopole de la violence légitime” qui caractérise l’Etat pour reprendre les termes des constitutionnalistes libéraux. Le philosophe communiste Althusser, dans sa critique des appareils idéologiques d’Etat, nourrissait la réflexion sur l’Etat quand son parti, dénonçant le capitalisme monopoliste d’Etat, ralliait, à l’instar des Italiens, toujours précurseurs, une voie nouvelle et pacifique vers le socialisme, respectueuse de la légalité, du pluralisme et des libertés publiques. Mais à l’époque, la droite avait beau jeu de renvoyer l’opinion aux réalités du socialisme soviétique, pourtant lui-même largement critiqué de longue date au sein même de la gauche et de l’extrême gauche. L’histoire a tranché ce débat et la gauche française sut accompagner les mutations de la société par une éclosion de nouveaux droits trop souvent récupérés par la sphère marchande ( radios libres, chaînes privées, etc. ).

En France, le néolibéralisme constitue aujourd’hui, à bien des égards, une menace pour la tradition démocratique républicaine. Les débats qui traversent l’actualité en sont une illustration symptomatique. La remise en cause ouverte de la laïcité participe d’une entreprise idéologique néo-conservatrice, soucieuse de subvertir les valeurs de progrès et de modernité. L’atteinte aux principes de base de l’Etat de droit – non rétroactivité de la loi pénale, respect de la Constitution, indépendance du pouvoir judiciaire – prépare un retournement complet des rapports entre le pouvoir et le droit. Ce dernier subit les assauts répétés d’un président qui confond la modernité avec la liquidation d’un héritage précieux : celui de la République. On relève plus que jamais la pertinence de ce modèle, cher à la gauche, dans la résistance au néolibéralisme qui remet en cause le modèle social et les libertés au nom du marché et d’un retour à je ne sais quel ordre moral. Le combat politique passe par la capacité de la gauche à souder un vaste front social et culturel républicain pour mettrre à mal cette entreprise néolibérale et néo-conservatrice qui s’attaque purement et simplement à notre Etat de droit.

X D, le 28 février 2008

Le gouvernement inscrit à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale la ratification du traité de Lisbonne

La discussion parlementaire sur la ratification du traité de Lisbonne ne pourrait avoir lieu qu’après la révision constitutionnelle.  L’adoption de cette dernière  lundi par le Congrès réuni à Versailles supposerait une complice abstention des parlementaires socialistes. Cette lâche abstention, voulue par les dirigeants socialistes, profiterait de facto à ceux qui prônent une ratification par la voie parlementaire car seuls les votes exprimés seront comptabilisés. C’est pourquoi la mobilisation de chacun est nécessaire pour exiger  des parlementaires qu’ils votent non, dans l’honneur, en refusant les faux-semblants. Ils obligeraient ainsi le gouvernement à se conformer à nos institutions démocratiques en rendant la parole au peuple. C’est bien une règle élémentaire de démocratie de respecter ce que les juristes appellent le parallélisme des formes. Autrement dit seul le peuple peut se prononcer sur la ratification du traité de Lisbonne, ce traité complexifié, frère jumeau du précédent traité mort-né après le non massif français du 29 mai 2005.

Mais le gouvernement anticipe les résultats. Le programme de travail de l’Assemblée indique que le débat sur la ratification du traité commencera, en séance de nuit, mercredi à 21 h 30, se poursuivra le jeudi matin et sera clos l’après-midi par un vote solennel. C’est un traitement expéditif qui en dit long sur l’état d’esprit du gouvernement qui redoute même le débat parlementaire après avoir refusé le référendum populaire. Double déni de démocratie !

On attend des parlementaires socialistes une riposte à la hauteur de cet affront. Le non à la révision constitutionnelle est la seule réponse démocratique. Ceux qui trahiront cette exigence en se couchant devant Sarkozy commettront l’irréparable et devront l’assumer à jamais !

X D, le 2 février 2008

N.B : QUOTIDIEN LIBERATION, samedi 2 et lundi 4 février 2008

-Quelle mouche a piqué le gouvernement, maître de l’ordre du jour de l’Assemblée nationale? C’est la question que pose Jean-Marc Ayrault, le président du groupe socialiste au Palais Bourbon, qui s’est insurgé contre l’organisation du débat de ratification du traité de Lisbonne mercredi «au milieu de la nuit» et demandé qu’il se fasse «en plein jour». «Je juge honteux – pour l’Assemblée, pour les Français et pour l’Europe – la décision du gouvernement d’organiser le débat sur le nouveau traité de l’Union à toute allure […]», a-t-il protesté. ..

«Non content d’escamoter le droit pour les Français de se prononcer directement par référendum, le gouvernement réduit à rien la délibération des députés», ajoute Ayrault qui juge que «ce symbole d’un débat à la sauvette est également désastreux pour l’Europe et le traité lui-même».

-Pour la première fois depuis le début du quinquennat de Nicolas Sarkozy, les 577 députés et 330 sénateurs – un siège étant vacant – se réunissent aujourd’hui en Congrès à Versailles pour adopter la révision constitutionnelle préalable à la ratification du traité européen de Lisbonne. Il n’y aura pas de discussion sur le projet de loi, déjà adopté par chacune des deux assemblées, et donc pas d’amendements. Un scrutin avec bulletins électroniques sera organisé. Après ce vote, qui doit être acquis aux 3/5es des suffrages exprimés, l’Assemblée nationale puis le Sénat se prononceront jeudi sur la ratification du traité lui-même.

De Saint Jean Bouche d’Or à Gros-Jean

On est toujours puni par où l’on a péché : le Chanoine honoraire de Saint Jean du Latran ne fait pas exception à la règle. Voici notre éloquent du menton, il y a peu encore adoré des médias et vénéré tel un Saint Jean Bouche d’Or, confondu à présent en pénitent, cloué au pilori et exposé en proie aux regards et à l’écoute de millions d’internautes. Ces acharnés voyeuristes, repus d’une vidéo en boucle trahissant une nature agressive, s’offrent, de surcroît, les confessions du Pèlerin au Parisien. Lequel, ironie du sort, a jeté en pâture le neuillyen au langage peu châtié et bien inconvenant à tous ces pauvres gueux, solidaires du provoquant quidam, ce tartarin matamore venu malencontreusement de la France profonde jauger les taureaux du salon de l’Agriculture. Lorsqu’il croisa, par le plus grand des hasards, le président, notre quidam lança sa tristement célèbre tirade “touche-moi-pas-tu m’salis !” qui fit l’effet d’une muleta à notre intempestive tête cornée se prenant, en la circonstance, pour une bête de combat.

Pathétique, n’est-ce pas,  cette chute aux enfers d’un enfant de choeur immature, cette contre-performance verbale d’un président victime de ses nerfs, allant – il y a de cela tout juste sept jours – à la rencontre des paysans. Avec pour tout objectif, tenez-vous bien, de la part de cet avocat, de promouvoir les métiers de bouche. Diable ! Inscrire la gastronomie française au patrimoine de l’Humanité ça ne mangeait pourtant pas de pain ! Il eut suffi d’un peu de self-control de la part du neuillyen, au lieu de ce langage emprunté aux cités, face à la minable provocation de ce vilain rustre et le tour était joué. Triple coup si ce triste spectacle n’eut pas tourné en eau de boudin : une avalanche d’éloges médiatiques pour notre urbain, rattrapant son handicap vis à vis de son prédécesseur, ce corrézien, amateur de pommes et gros mangeur de têtes de veaux, lui qui n’avait pas son égal pour tâter le cul des vaches ; une reprise à bon compte de la devise royale faisant des paturages et labourages les deux mamelles de la France éternelle ; une promotion certaine pour ce mal aimé de la ruralité, déjà mis au ban des cités de banlieues. C’eut été aussi l’occasion pour notre jeune dévergondé,  de faire ripailles et de boire à satiété, comme le veulent les usages récents depuis l’aparté franco-russe.

Mais ne nous y trompons pas. Cette légèreté blâmable – qui rendit inaudible ce message - frappe d’abord nos ruraux. Pour un peu, sans cette erreur de com’, ce salon 2008 prenait un autre tour : défense des terroirs et réforme de la PAC redevenaient au coeur de l’actualité du jour dédiée à une paysannerie retrouvant ainsi espoir en l’avenir. Que nenni ! L’impulsif aura donc tout gâché comme à son habitude. Adieu veau, vache, cochon, couvée…  Sondages obligent, le béotien en aura pris pour son grade : de quoi se rappeller qu’on passe vite du Capitole à la roche Tarpéienne dans cette charge régalienne !

Nous voudrions tant aider Sa majesté, coprince de la principauté d’Andorre aux sept paroisses, à égaler sa Sainteté le Pape qui le fit récemment Chanoine de Saint Jean du  Latran, en lui conseillant plus de retenue et de charité envers ce petit peuple trop ingrat de la cour du roi Pétaud.  Auprès de sa lignée, du prince Jean, de toutes ces dames et conseillers intrigants et autres gentils damoiseaux du Palais de l’Elysée et de sa basse-cour neuillyenne, puisse-t-il méditer, telle Perrette, cette morale d’une fable de La Fontaine narrant cette laitière plutôt sexy, allant légère, court-vêtue, en petite jupe bien troussée, un peu volage pour sauter ainsi transportée par ses pensées avant cette chute fatale qui lui fit craindre le pire de son mari d’homme brutal quand de son oeil marri, elle vit sa fortune ainsi répandue : 

Quel esprit ne bat la campagne ?
Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus, la Laitière, enfin tous,
Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
Tout le bien du monde est à nous,
Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m’écarte, je vais détrôner le Sophi ;
On m’élit roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;
Je suis gros Jean comme devant.

N’en déplaise à Jean Jacques Rousseau – qui fustigeait, je crois, dans son Emile, l’apprentissage trop précoce des fables de monsieur de La Fontaine – serait-il  vraiment saugrenu de renouer avec ces bonnes vieilles traditions éducatives, récemment abandonnées ? Puisque le temps est à la réflexion pédagogique… A toute chose malheur est bon !

Le Dogue Patriote, le 1° mars 2008

N.B : Sur le site du franc-parler http://www.francparler.com  vous trouverez ces explications truculentes.

Le prénom Jean fut en son temps ce que d’autres sont aujourd’hui pour désigner populairement un idiot ou un malchanceux. Je ne me risquerai pas à lui trouver quelque équivalent pour ne vexer personne…

On trouve la première trace de être Gros-Jean comme devant chez Jean de La Fontaine («la Laitière et le pot au lait», Fables, VII, 9). Le personnage de Gros Jan (et non pas Jean) apparaît un peu plus tôt, au XVIème siècle, sous la plume truculente de Rabelais où il est présenté comme un personnage rustre… On pourrait dire une brute ou encore… un abruti.
Plusieurs expressions familières en découlerons comme « Gros-Jean en remontre à son curé » (c’est-à-dire que celui qui est ignare voudrait en apprendre ou corriger celui qui a réellement le savoir). La culture populaire a ainsi donné à Gros-Jean le rôle du personnage stupide, du nigaud toujours abusé.

Dans notre expression, encore vivante aujourd’hui, le terme devant doit être compris avec le sens vieilli d’avant. Reste à reconstruire le puzzle : être Gros-Jean comme devant, c’est se rendre compte que l’on a été berné et par conséquent que l’on est devenu ou que l’on était déjà avant …un Gros-Jean. L’avantage espéré ou attendu n’est plus qu’un joli souvenir et l’on se retrouve ‘comme un idiot’ dans la même situation qu’auparavant avec toutefois, en plus, le sentiment de désillusion et de ridicule de celui qui a raté son coup…

Pour la vie de Jean Chrysostome, dit Saint Jean Bouche d’Or, il faut s’en référer au bel ouvrage en onze volumes de l’Histoire des Saints et de la sainteté chrétienne sous la direction scientifique de F.  Chiovaro, J.  Delumeau, A. Mandouze, B. Plongeron, P.  Richet, C.  Savart et  A.  Vauchez (volume 3,pp 192 à 199, éditions Hachette).

Le bling-bang du blanc-bec

Parmi les critiques les plus cruelles envers la personne de N. Sarkozy, retenons celles de son propre camp, qui font porter le poids de cette Bérézina électorale sur le compte d’un comportement indigne mêlant provocations, irascibilité et lucre. De l’aveu même de ses supporters, ces détestables symptômes d’un mésusage de la fonction présidentielle seraient ainsi la cause première de cet échec. Arroseur arrosé, flambeur victime de ses propres turpitudes, la morale de l’histoire en appelle simplement à plus de modestie et de retenue pour conjurer le sort.

Trop simpliste sans doute, ce discours concocté par l’entourage présidentiel qui voudrait ignorer une dimension évidente de cette désaffection populaire ! La critique des urnes et des abstentionistes n’exprime-t-elle pas d’abord  l’attente déçue des Français vis à vis de leur pouvoir d’achat et de la confiance trahie ? Orientée sur la critique  de l’action gouvernementale, l’interprétation du vote sanction dans un contexte d’abstention record, prend alors un tout autre sens.

Quand gouvernement, ministres et dirigeants de l’UMP n’ont de cesse de proclamer la nécessité d’accélérer les réformes anti-sociales et de décupler d’efforts pour que la politique gouvernementale se traduise dans la réalité, l’opposition demande au président de tenir compte de l’avertissement des Français. Sans mobilisation défensive, on peut pourtant craindre le pire malgré ce vote sanction. Il appartient à la gauche d’unir ses forces pour contester la logique néolibérale en oeuvre dans la politique sarkozienne et surtout tracer une nouvelle voie offrant au mouvement syndical et plus largement aux forces sociales la capacité de contrer patronat et gouvernement.  A l’heure d’un sérieux risque d’effondrement du système financier international, cette lutte sans merci du capital pour la confiscation de la valeur ajoutée est autrement plus significative de la réalité du capitalisme mondialisé que la dénonciation de cette façon d’être bling-bling. Le peuple a moins à craindre de cette posture de blanc-bec que de cette ambition des élites dirigeantes mondialisées de liquider notre modèle social en s’appuyant, s’il le faut, sur l’idéologie néo-conservatrice délégitimant les idées  rationalistes qui accompagnent l’esprit de Progrès.

X.D, dit aussi le Dogue.Patriote, le 17 mars 2008

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